Catheris Mondombo est né en 1992 à Kinshasa en République Démocratique du Congo, ex Zaïre. Il développe une œuvre singulière en travaillant sur un support inattendu : les bâches usagées. Matériau du quotidien, souvent abîmé, troué ou déchiré, la bâche devient sous ses mains un espace de création mais aussi de réflexion. Avant même de peindre, l’artiste engage un acte conceptuel fort : il répare. Restaurer ces surfaces fatiguées n’est pas seulement un geste plastique, c’est aussi un geste de citoyenneté, une manière d’opposer à l’usure, à l’abandon et à l’oubli une forme de soin et de responsabilité. La réparation devient un langage, un principe qui traverse toute son œuvre.

Cette dimension est particulièrement perceptible dans sa série de portraits. Mondombo y représente des personnes qu’il rencontre dans l’espace urbain, des êtres réels, souvent marqués par des blessures physiques ou des fragilités psychologiques. Sur ses bâches restaurées, il peint leurs visages avec une intensité qui révèle autant leur vulnérabilité que leur force intérieure. Chaque portrait devient une réparation symbolique : l’artiste panse la mémoire de ces individus en réhabilitant leur présence, en les rendant visibles dans un monde qui les néglige souvent.

Sa série Caisse vide d’histoires aborde, quant à elle, la question brûlante de la restitution du patrimoine congolais et africain. L’artiste y évoque l’effacement, le vol, l’exil des objets culturels arrachés à leur contexte d’origine. Les œuvres sont autant de questions ouvertes que des coffres vides, signes d’un héritage dispersé et parfois perdu. Cette réflexion historique s’étend aussi à ses hommages aux travailleurs des mines sous la colonisation. Dans ces compositions, l’Atomium de Bruxelles apparaît comme un symbole ambigu : monument moderniste célébrant le progrès, il se retrouve confronté à l’exploitation du minerai congolais, rappelant les violences économiques et humaines qui ont nourri cette grandeur.

Les œuvres de Mondombo interrogent profondément les thèmes de l’identité et de la résilience. Sa mise en scène est souvent théâtrale, pensée comme un dispositif symbolique qui rejoue ce qui s’est réellement passé. L’artiste cherche à confronter le visiteur, à l’amener face aux réalités historiques et humaines que l’on préfère parfois esquiver. Cette dramaturgie visuelle ne vise pas la dénonciation frontale, mais plutôt une prise de conscience sensible, presque physique.

Dans ses compositions, les coutures apparaissent comme un leitmotiv. Elles recousent les surfaces, mais surtout elles réparent les histoires. Ce fil visible relie les fragments, réunit ce qui a été déchiré, redonne cohérence à ce qui semblait perdu. Chez Mondombo, la réparation n’est jamais un simple geste technique : elle est un acte politique, une éthique du soin, une manière de réécrire la mémoire collective. Par ce travail patient et engagé, l’artiste offre aux bâches comme aux sujets qu’il représente une seconde vie, une dignité retrouvée.