Dans le cadre de CHAOS 5, la Galerie Mémoires Africaines accueille à l’Espace Chaotique Lost Memory Archive Sénégal et présente une sélection de photographies de Demba Sarr, photographe du Studio Baye à Matam. Cette invitation met en lumière un regard sur la société sénégalaise des années 1960 à 1980, ainsi que le travail de terrain qui permet aujourd’hui de redécouvrir ces images.
Fondé en 2024 par Cheikh Tidiane Mbaye et Adelina Sasnauskaite, Lost Memory Archive Sénégal est un projet indépendant de recherche, de sauvegarde et de valorisation du patrimoine photographique sénégalais. À la rencontre des anciens photographes, de leurs familles et des détenteurs d’archives, ses fondateurs recherchent les traces d’une histoire visuelle encore largement méconnue. Dans les anciens studios et les fonds privés subsistent des négatifs, des diapositives et des tirages que le temps et les mauvaises conditions de conservation menacent de faire disparaître.
Collecter, nettoyer, numériser, documenter : chaque étape permet de préserver les images, mais aussi de retrouver les histoires qui les accompagnent. Qui sont les personnes photographiées ? À quelle occasion ont-elles posé ? Que racontent leurs vêtements, leurs attitudes, les objets dont elles s’entourent ? En donnant une nouvelle visibilité à ces archives, Lost Memory Archive Sénégal contribue à transmettre une mémoire sociale et culturelle, tout en faisant reconnaître le travail de photographes restés à l’écart des grands récits de la photographie.
C’est dans cette démarche que s’inscrit la redécouverte de Demba Sarr. Né en 1947 à Matam, dans la vallée du fleuve Sénégal, il découvre la photographie auprès de son cousin Baye. Il commence à exercer en 1966 comme photographe ambulant, puis reprend le Studio Baye en 1969. Jusqu’à la fermeture de son studio en 1992, il constitue une mémoire photographique de sa ville et de ses habitants.

Fin des années 60
Ses images révèlent une jeunesse attentive à son apparence, à la musique et aux influences qui traversent son époque. Boubous et pantalons à pattes d’éléphant, portraits entre amis, motocyclettes et soirées dansantes composent le récit d’une ville ouverte sur le monde. Dans les photographies couleur datées de 1974-1975, un tourne-disque installé au bord du fleuve ou un groupe réuni devant l’enseigne Kodak du studio témoignent de cette liberté de se mettre en scène. Le regard de Demba Sarr saisit l’assurance, la complicité et les aspirations de ceux qu’il photographie.
À l’Espace Chaotique, la rencontre entre ces photographies et le travail de Lost Memory Archive Sénégal invite à considérer les archives comme une matière vivante. Derrière chaque image sauvegardée, il y a un auteur, des visages et une histoire à transmettre. En accueillant cette proposition, la galerie souhaite soutenir cette démarche et partager avec le public un pan précieux de la mémoire de Matam.





